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Du rêve à la réalité, l'économie équitable avec vous, c'est possible
Il n'y avait malheureusement pas foule à la MJC de Saint-André pour accueillir Sylvie Mayer et Jean-Pierre Caldier, les deux coordinateurs du « Guide de l'économie équitable ». Dommage parce que leurs exposés étaient très pédagogiques et concrets et remplis d'informations, dont on peut regretter qu'elles ne soient pas plus portées à la connaissance du grand public.
C'est en partant de réflexions sur le commerce équitable Nord-Sud, que les deux animateurs et co-auteurs de ce guide proposent toute une série de réflexions et délivrent une foule d'informations qui montrent qu'il est possible de vivre dès aujourd'hui une autre économie.
« Au travers de ce guide, nous avons un projet et une ambition : soumettre des propositions pour agir tout de suite. Notre guide a été réalisé et imprimé par des sociétés coopératives, labellisée verte pour l'impression (la société coopérative l'Artésienne), il a été routé par un centre d'aide par le travail. Une version a été éditée pour les déficients visuels et une autre a été éditée en langue espagnole grâce au soutien de l'ambassade du Venezuela » explique Sylvie Mayer, qui a été députée européenne (elle est de nouveau candidate) et qui suit aujourd'hui pour le parti communiste les questions de l'économie sociale et solidaire.
La réflexion des promoteurs de ce guide (qui est un ouvrage collectif) part d'un constat, celui d'un monde mal en point dont l'histoire récente est aujourd'hui jalonnée de catastrophes écologiques et environnementales (Bhopal, Erika, AZF, Katrina, Techernobyl… pour n'en citer que quelques-unes). L'état du monde et la crise énergétique, alimentaire (la faim dans le monde), écologique, les menaces qui pèsent sur la biodiversité, le climat et l'environnement nous invitent à agir et à réagir dans un contexte de formidable gâchis et d'un véritable pillage des richesses du monde. Un monde qui va malCe monde qui va mal est aussi un monde profondément inégalitaire. La moitié de l'Humanité vit en ville, l'autre à la campagne. Le quart des trois milliards d'urbains vit sous le seuil de pauvreté, le tiers habite dans des bidonvilles et n'a accès ni à l'eau ni à l'électricité. Deux milliards d'habitants sont dits sous nourris et 800 millions souffrent de la faim, dont les trois quarts font partie de la population rurale et des agriculteurs. Sur les 3 milliards de personnes qui vivent en milieu rural, il y a 1,3 milliard d'agriculteurs, dont 27 millions seulement ont accès à la mécanisation, 300 millions peuvent faire appel à une force de traction animale et un milliard d'agriculteurs ne disposent pour travailler la terre que d'outils manuels. Ces seuls chiffres permettent de se rendre compte tout de suite du fait que ce ne sera pas l'agriculture mécanisée qui réussira à nourrir six milliards de personnes et qu'il y a donc nécessité d'améliorer le sort de ce milliard de paysans pauvres. L'action des promoteurs du guide se place dans le cadre du développement durable, c'est-à-dire du mariage entre l'efficacité économique et le progrès social et la justice sociale et la protection de l'environnement pour donner un monde qui soit tout à la fois viable, durable et équitable. A ces critères, Sylvie Mayer ajoute ceux de la culture et la pluralité des cultures et la démocratie, le besoin de démocratie sans lequel il ne peut pas y avoir de développement durable. « Pour nous, explique Sylvie Mayer, pas de développement durable sans une économie équitable dans un monde dont l'état a pour origine principale les inégalités. Le commerce et l'économie sont inéquitables. Peut-on changer cela ? C'est pour répondre à cette question que nous faisons un état des lieux et des propositions. Comment peut-on échanger autrement ? Produire autrement ? Et financer autrement ? Une économie différente comment ? ». L'économie équitable c'est quoi ?L'économie équitable, c'est d'abord l'économie sociale et solidaire avec ses associations, ses coopératives, coopératives bancaires, mutuelles de santé et d'assurance. C'est un potentiel très important puisque 60 % des dépôts des Français sont dans des coopératives bancaires et ces coopératives délivrent 50 % des crédits bancaires en France. L'économie équitable c'est aussi la finance solidaire et la partie solidaire de l'épargne salariale et c'est enfin le commerce équitable, Sud – Nord, Sud - Sud et Nord – Nord. L'économie sociale et solidaire est complémentaire du secteur public. Ces deux secteurs ne sont pas opposés mais ils se complètent. Elle est fondée sur quatre principes :
L'économie sociale est un secteur qui est alternatif au tout marché et au tout Etat mais qui ne doit pas rester une contre-société marginalisée Echanger autrement : le commerce équitableLe commerce équitable Sud - Nord qui a toute sa place dans l'économie européenne, repose sur des critères de solidarité, de justice sociale, de circuit direct, de transparence, de dignité et de qualité. Des critères auxquels il faut adjoindre des critères de progrès (tendre vers pour prendre en compte l'état de l'économie et de la société concernées) ou d'égalité d'emploi entre hommes et femmes, un critère avancé par la fédération internationale du commerce équitable. Comme dans le développement durable, le commerce équitable repose sur trois piliers : un pilier économique, un pilier social et un pilier environnemental. Sur le plan économique, il y a un prix minimum stable, qui ne fluctue pas et apporte la garantie d'un revenu stable pour le producteur. Il y a également une prime de développement du commerce équitable qui est apportée à la communauté de travail pour qu'elle puisse améliorer l'outil de travail ou la vie de la communauté. Sur le volet social, ce sont des projets collectifs et communautaires démocratiques dans lesquels il doit y avoir du droit syndical Sur le plan de l'environnement, le commerce équitable fait la promotion des cultures biologiques (exemple : le coton équitable est forcément bio) et respecte la liste des substances interdites. Pour ce qui est du label vert et bleu Fair trade, c'est un label international, privé, non officiel, mais reconnu et labellisé par une organisation certifiante et qui est diffusé par trois associations : sous le nom de Transfair, Fair Trade ou Max Havelaar. S'agissant du prix, si le prix est très légèrement supérieur dans le commerce équitable, le producteur y touche deux fois plus (20 % au lieu de 10 %) que dans le commerce traditionnel. Mais si l'on intègre dans les calculs le coût global (le coût de production et les coûts qui vont être payés par la collectivité, sociaux, écologiques et sanitaires), la différence est cette fois nettement à l'avantage du commerce équitable. Quatre approches différentesEnfin chez les acteurs du commerce équitable, il y a quatre approches différentes :
Pour Sylvie Mayer, « toutes les approches sont respectables car chacune fait à sa manière avancer les choses Ceci étant, on pourrait aller plus loin dans le commerce équitable en lançant un plan politique de développement du commerce équitable Sud - Nord pour atteindre un objectif de 10 à 30 % de parts de marché pour les produits équitables provenant du Sud ». A titre d'exemple, la moitié des bananes vendues en Suisse sont des bananes bio équitables. Pour parvenir à cet objectif, nous avons besoin d'un cadre normatif au niveau français et européen qui pourrait donner confiance aux consommateurs. Lors de son exposé, Sylvie Mayer a également évoqué le commerce équitable Sud – Sud qui existe sur tous les continents, par exemple en Afrique, au Mexique ou au Vietnam. Dans un sondage récent, explique encore Sylvie Mayer, deux Français sur trois aspirent à ce que le commerce équitable devienne la norme du commerce. Les critères du commerce équitable pourraient très bien s'appliquer dans le cas des relations commerciales Nord – Nord. « Le commerce équitable est aujourd'hui un phénomène de société qu'il convient de transformer en projet de société. Cela nous demande d'aller plus loin, d'imaginer un véritable volontariste de développement pour aller vers une grande couverture de produits et de services par les critères du commerce équitable. En 2000 la notoriété du commerce équitable était de 9 %, aujourd'hui il y a plus de 80 %.des gens qui disent connaître le commerce équitable. On peut militer pour le commerce équitable en privilégiant les circuits directs (Amap, Biocabas, Cocagne..). On peut agir avec les associations de consommateurs, avec les élus, dans le monde du travail en faisant en sorte que l'entreprise pratique des achats équitables ou que les comités d'entreprises se tournent vers l'économie équitable (11 milliards d'euros de budget), dans sa commune en demandant que les marchés publics (180 milliards d'euros – la moitié des dépenses publiques françaises) prévoient d'inclure les critères du commerce équitable dans les clauses des appels d'offre ». La grande distribution : quelques données sur un empireDans son exposé sur la grande distribution, Jean-Pierre Caldier, lui, a expliqué comment on est passé de l'épicerie locale à la multinationale et comment ces entreprises du commerce sont devenues des entreprises immobilières. Avec quelques données de base en toile de fond : les grandes surfaces représentent en France deux ventes sur trois dans le secteur de l'alimentaire et quatre ventes sur dix dans le secteur non alimentaire et distribuent un litre d'essence sur deux. Comment est on passé de l'entreprise locale à la multinationale ? Dans les années 60, il y a eu la création des enseignes mondiales. Né en 1962 aux Etats-Unis, le leader mondial Wal Mart a un chiffre d'affaires supérieur au budget de 150 pays dans le monde. Le deuxième mondial, Carrefour a été créé en 1963. Dans les années 90, ces deux grandes enseignes se sont internationalisées et sont parties à la conquête du monde sur un seul principe « le plus que moins cher », un principe basé sur le discount. Il faut être le premier dans son pays, des pays à pouvoir d'achat élevé puis ensuite envahir la planète en fonction du développement des pays cibles et du volume du marché intérieur en nombre de consommateurs potentiels (d'abord l'Asie, puis les pays de l'est de l'Europe et enfin l'Amérique latine).avec parfois des taux de rentabilité et des marges supérieures dans les pays les plus pauvres où le pouvoir d'achat est le plus faible. « Tous les caddies ne se ressemblent pas » explique Jean-Pierre Caldier. Certains groupes sont cotés en bourse : Carrefour et Casino avec tout ce que cela peut représenter comme part de risque et de gestion de court terme. D'autres sont familiaux et sont non cotés en bourse comme Auchan ou Cora, leur gestion s'inscrivant plus dans le moyen et le long terme. Enfin il y a une troisième catégorie d'enseignes, ce sont des groupes d'adhérents dans lesquels chacun est propriétaire de son magasin : Intermarché, Leclerc et Système U. Les rares coopératives de consommateurs qui subsistent ont passé des accords avec les grands groupes de la grande distribution. Au Venezuela, on a créé une chaine commerciale d'Etat. La grande distribution : du commerce à l'immobilierComment en est-on arrivé à une activité immobilière et boursière ? La tendance c'est de séparer les actifs immobiliers et la gestion de l'activité principale, ici de la distribution. La plupart des groupes louent désormais des locaux dont ils étaient propriétaires et qu'ils ont vendus à une société immobilière qui a été montée pour la circonstance. Ca a permis de dégager de la plus value boursière. Dans le même temps la grande distribution s'est retrouvée fragilisée et est parfois passée entre les mains de certains fonds d'investissements, comme par exemple Colony Capital, lesquels demandent la valorisation des actifs immobiliers. Aujourd'hui on demande donc plus de résultats aux magasins pour payer la location des locaux vendus. La grande distribution se retrouve condamnée à faire toujours plus de profits, des profits qui sont payés par les salariés, les consommateurs, les agriculteurs et les fabricants des petites et moyennes entreprises. Les nouveaux actionnaires affichent la couleur des deux activités : la distribution et l'immobilier. D'où le fait que dans les grands centres commerciaux, il y a réduction des surfaces de vente et augmentation des surfaces de galeries marchandes. Rappelant que le Crédit agricole est actionnaire à hauteur de 16 % du fonds d'investissements d'Eurazeo qui contrôle en partie Carrefour, pour Jean-Pierre Caldier, on est dans cette situation surréaliste de paysans qui financent une banque qui finance la grande distribution qui les asphyxie au lieu d'utiliser cette marge de manœuvre pour une autre politique. Une nécessité : la transparenceLa grande distribution pose un certain nombre de problèmes : la recherche de prix toujours le plus bas est catastrophique pour l'ensemble de l'économie aussi bien pour le monde paysan que pour les PME et même pour les consommateurs. Résultat : la France est en train de perdre sa souveraineté alimentaire. Après avoir évoqué le discount qui, contrairement à une idée reçue, dégage des marges bénéficiaires trois à quatre fois plus importantes que la grande distribution et dénoncé le fait que les commerçants réalisent des marges plus importantes sur les fruits et légumes d'importation que sur les fruits et légumes produits en France, ce qui a pour effet d'aggraver les difficultés des agriculteurs et des paysans de l'Hexagone, Jean-Pierre Caldier a évoqué rapidement les problèmes sociaux tels qu'ils se posent dans la grande distribution : cf la grève des caissières, la fermeture d'un magasin Wal Mart dans lequel il apparaîtrait un syndicat etc….Sans parler des problèmes sanitaires qui se poseront à terme avec la question de l'obésité et de la densité en sucrer des produits vendus à bas prix. La grande distribution a une grande capacité d'adaptation : elle réussit à faire des profits en supprimant les sacs plastiques, de même les magasins à haute qualité environnementale qu'elle commence à construire sont rentables dès leur première année d'exploitation. Et ce n'est pas la multiplication des magasins qui va favoriser la concurrence d'autant que la part du budget consacré à l'alimentation s'est réduite. N'y a-t-il pas lieu de débattre de cette question de la grande distribution à qui on a abandonné de véritables enjeux de société (santé, alimentation, aménagement du territoire…) se demande Jean-Pierre Caldier. Comment peut on modifier sa gestion, son statut et le mode de fonctionnement de ses centrales d'achat ? Quelques propositions :
Par ailleurs, sur le commerce Nord – Nord, il est possible
Produire autrement : l'économie sociale et solidaire L'économie sociale et solidaire a des formes diverses :
C'est donc un potentiel humain, 2 200 000 salariés, 8 % de la population active et 10 % des richesses et un potentiel économique avec 800 000 entreprises. L'économie sociale dispose d'outils qui sont de vrais outils équitables dans une perspective de développement durable : - les Scop (société coopérative de production) : C'est un secteur libéré de la spéculation, une autre forme de propriété de l'entreprise, c'est une personne égale une voix dans l'entreprise quelle que soit la part de capital détenue, les salariés sont sociétaires en général au bout de quelques mois, il n'y a pas de plus-value ni de variations monétaires des parts de capital, les réserves financières ne peuvent pas être partagées et les élections sont démocratiques. C'est donc une entreprise qu'on ne peut par racheter par une OPA et qui n'est pas délocalisable. La France est au cinquième rang en Europe (700 SCOP et 36 000 salariés) . - les SCIC (société coopérative d'intérêt collectif) La différence avec les Scop, c'est que peuvent en être membres des salariés, des bénévoles, des usagers, des personnes privées, des personnes morales et des collectivités territoriales. Il y en, a en France 134 car le statut de ce type de société est récent. Mais il y a des obstacles pour créer ce type de société et notamment la nécessité d'un agrément préfectoral. - les CUMA (coopérative d'utilisation de matériel agricole) Elle met à disposition de ses adhérents du matériel mais aussi des salariés, notamment pour s'occuper des grosess machines. Il y en a environ 12 000 en France. Les outils du circuit courtLes AMAP (association pour le maintien de l'agriculture paysanne) C'est un échange contractuel entre des citoyens consommateurs et des producteurs. Les producteurs s'engagent fournir des fruits, des légumes ou d'autres produits alimentaires pendant toute l'année et les consommateurs s'engagent à acheter toute l'année et préfinancent les paniers qui vont leur être livrés tous les huit ou quinze jours. La vente de la totalité de la récolte est ainsi garantie, le revenu de l'agriculteur est stable. Le consommateur connaît l'origine des produits qu'il consomme et participe à la fixation des prix qui est calculé à partir du prix de revient et du revenu que l'on veut assurer à l'agriculteur. Ce système existe un peu partout dans le monde (16 millions d'adhérents au Japon). Si nous avions en France la même densité de participants aux circuits courts que ce qu'il y a au Japon, cela concernerait 8 millions de Français et cela représenterait 100 000 fermes pérennisées. - les monnaies alternatives et les systèmes d'échanges locaux (SEL) Il y en a un peu partout dans le monde, notamment des monnaies alternatives fondantes, celles qui perdent de leur valeur si on ne les dépense pas. Il y en de plusieurs sortes. A titre d'exemple la monnaie SOL est une carte à puce qui permet d'acheter dans des boutiques de l'économie sociale comme par exemple Artisans du Monde. Les systèmes d'échanges locaux ont par exemple lors de la grande crise en Argentine permis aux gens de survivre quand l'inflation était telle que leur pouvoir d'achat ne leur permettait plus d'acheter dans le commerce classique. C'est un système qui apporte du développement local et du lien social. Pour une réappropriation citoyenne de l'ESSLes propositions pour une réappropriation citoyenne dans le domaine de l'économie. Le système de l'économie sociale et solidaire est un système puissant financièrement, avec un potentiel humain et une bonne efficacité économique et producteur d'utilité sociale. Mais c'est un système qui est menacé de l'extérieur notamment par les projets européens. Il y a un commissaire à la concurrence mais il n'y en a pas à la coopération. Et ce commissaire à la concurrence reproche aux coopératives de trop coopérer. Il est également menacé de l'intérieur lorsque l'on oublie les principes de départ et que l'on dérive. Comme citoyens nous avons besoin de nous réapproprier ce secteur et d'exiger qu'il revienne aux principes initiaux de l'économie sociale. Il y aurait besoin de renforcer la participation des mutualistes ou des coopérateurs aux assemblées générales de leurs entreprises mutualistes ou de leur banque. Il y aurait besoin qu'un minimum obligatoire de financement de l'économie sociale et solidaire soit fait par le secteur bancaire coopératif et mutualiste. Comme il y a une obligation de 20 % de logements sociaux, il faudrait qu'il y ait une obligation de 20 % d'investissements dans le domaine de l'économie sociale. Mais on peut aussi imaginer que le secteur bancaire privé ait lui aussi de telles obligations. Et puis aujourd'hui il faut agir immédiatement sur les parlementaires pour maintenir et améliorer le statut coopératif de la société qui sortira de la fusion entre banques populaires et caisses d'épargne et pour faire en sorte que l'outil ainsi créé soit bien une grande banque mutualiste. Enfin les promoteurs du guide de l'économique équitable proposent également un plan de création de nouvelles sociétés coopératives de production avec un droit de préemption des salariés en cas de session de leur entreprise. Il y a actuellement énormément de départs à la retraite du fait du papy-boom et 700 000 entreprises vont voir leur PDG partir, ce qui représente 3 millions de salariés. Que vont devenir ces entreprises ? Seront-elles reprises ou fermées ? Ne pourraient-elles pas être reprises par leurs salariés avec un soutien financier des banques de l'économie sociale et un soutien en matière de formation à la gestion et au management d'entreprise pour lever l'obstacle des salariés qui pensent qu'ils ne seraient pas capables de gérer leur entreprise alors que les Scop nous montrent le contraire. Les dérives de l'ESSOn a constaté des dérives dans l'économie sociale. Certaines coopératives de consommateurs se sont franchisées dans la grande distribution cotée en bourse. Les grandes coopératives agricoles ont totalement été dévoyées et deviennent les concurrentes des paysans français en allant acheter des grandes terres en Andalousie. Les premières grandes banques coopératives et mutuelles n'échappent pas à la crise et l'on peut se demander ce que certains de leurs dirigeants ont fait des principes de base de l'économie sociale. Qu'ont fait les salariés, les sociétaires et les coopérateurs de leur pouvoir de contrôle d'une gouvernance démocratique. Les banques coopératives aujourd'hui, que ce soit le crédit agricole, les caisses d'épargne, les banques populaires ou le crédit coopératif sont en bourse à travers des filiales qui échappent au principe une personne égale une voix. Et de prendre l'exemple de Natixis, une filiale issue de la fusion banque populaire caisse d'épargne, qui a investi dans des subprimes aux Etats-Unis avec 31 milliards d'actifs toxiques.Son action est passée de 19 ;55 euros en 2006 à moins d'un euro en 2009. Or la fusion qui a conduit à Natixis a été menée sans aucune consultation des sociétaires.
Les mutuelles fournissent un autre exemple de dérives, explique encore Sylvie Mayer. Macif, Maif et Caisse d'Epargne n'ont pas consulté leurs sociétaires et leurs 14 millions de mutualistes pour décider de prendre une participation dans l'assurance caisse d'épargne et pour créer une activité bancaire. Ce sont des assurances. Pourquoi les transformer en banque ? De même c'est une indiscrétion journalistique qui a révélé le projet d'union entre Macif, Maif et Matmut. Comment va-t-on consulter les mutualistes pour cette union des trois mutuelles qui concerne 10 millions de Français ? Et l‘on peut également observer des dérives et des pratiques spéculatives dans les pratiques d'investissements des banques coopératives dans certaines entreprises. Il y a urgence à ce que, là où elles les ont oubliés, les entreprises de l'économie sociale retrouvent leurs principes et leurs valeurs d'origine. Financer autrementComment financer autrement ? C'est à Jean-Pierre Caldier qu'il revenait de répondre à cette dernière question. La finance solidaire qu'est-ce que c'est ? Dans la finance solidaire, il y a un label français, Finansol et un label européen Fineurosol.
Il existe aussi un investissement socialement responsable. La finance socialement responsable sélectionne des entreprises cotées en Bourse auxquelles on va prêter de l'épargne en, ajoutant aux critères financiers des critères de responsabilité sociale et de responsabilité écologique et environnementale. Ce qui représente 3000 milliards d'euros dans le monde en Europe, dont 1000 milliards en Europe, la France est quatrième. Aujourd'hui il est nécessaire qu'il y ait un contrôle citoyen sur les critères qui sont retenus par les entreprises de notation qui sont des sociétés privées. Ce n'est pas parce que ces sociétés privées sont dirigées par d'anciens leaders syndicaux que ça garantit quoi que ce soit. L'épargne salariale concerne 10 millions de salariés en France et représentait fin 2007 quelque 90 milliards d'euros et elle augmentait de 8 milliards d'euros par an. 1 % seulement de cette épargne salariale (soit 800 à 900 millions d'euros) est investi dans la finance solidaire. 90 % de l'épargne est d'origine salariale. Les salariés veulent-ils ou pourraient-ils agir sur la gestion de cette épargne ? Question complémentaire : qu'est devenue cette épargne salariale du fait de la crise ? Finances : des propositionsS'agissant des propositions, Jean-Pierre Caldier réclame lui aussi la constitution d'un pôle public bancaire composé des banques coopératives et nationalisées, ce qui ne veut pas dire la nationalisation de toutes les banques. Car ce secteur bancaire, caisse des dépôts et consignations comprise, représente une somme de 1 726 milliards d'euros. C'est une puissance financière considérable qui équivaut à 24 fois le chiffre d'affaires de Carrefour cinq fois le budget de la France. Nous proposons également, dit encore Jean-Pierre Caldier, que la loi sur les nouvelles régulations économiques avec l'obligation d'un rapport social et environnemental soit améliorée et rendue obligatoire pour toutes les sociétés d'une certaine importance qu'elles soient ou non cotées en bourse. S'agissant de l'épargne salariale, il faut plus de transparence dans les critères de placement et un minimum d'investissements dans l'économie sociale et solidaire. Il faut donc créer un ministère de l'économie sociale et équitable, qui soit exemplaire, avec un observatoire de citoyens (sans doute tirés au sort) des engagements et des réalisations de ce ministère. Pour agirPour passer de l'écriture à l'action, nous proposons à des groupes locaux de citoyens qui souhaitent agir un certain nombre d'outils pour agir pour une économie équitable. Des outils pour agir dans les équipes municipales, créer des comités locaux du commerce et des comités locaux de la santé, créer des circuits courts ou agir avec sa banque. Ces outils se présentent sous forme de fiches. Le développement de circuits courts permettrait de retrouver le chemin de la souveraineté alimentaire et constituerait une alternative transparente à la grande distribution. Et nous travaillons actuellement à faire un lien entre les syndicats agricoles et les syndicats de salariés et les comités d'entreprise. De même vous pouvez intervenir au niveau de vos banques et de vos mutuelles pour leur demander des explications et des informations. Voir les documents ciblés qui sont sur le site du guide du commerce équitable. Les premiers courriers qui ont été expédiés ont déjà suscité des réactions et bousculent les habitudes des dirigeants en place. Fusion Caisses d'épargne – Banques populaires : la désinformationEn conclusion Jean-Pierre Caldier est revenu sur le problème de la fusion des caisses d'épargne et des banques populaires et notamment sur la campagne de désinformation qui l'a accompagnée. Le 26 février dernier, il n'y a pas eu de fusion. Il y a simplement eu la nomination d'un dirigeant à la tête de trois sociétés. Nous avons demandé au conseil économique et social de s'autosaisir de cette question. Dans son étude de la crise, il a fait des propositions pour le système bancaire. Nous avons également écrit à tous les partis politiques et informé l'ensemble des parlementaires pour leur demander leur position sur ce problème de démocratie et sur un certain nombre de proposition que nous faisons. Même chose en direction des syndicats de ces entreprises et des actionnaires minoritaires de ces sociétés, des actionnaires qui ont beaucoup perdu avec Natixis. Pourquoi ne pas inventer le référendum coopératif sur les grands principes d'orientation d'une société. Pourquoi ne pas l'appliquer également au projet d'union Macif, Maif, Matmut. Il faudrait 180 milliards par an pour satisfaire les besoin vitaux de l'Humanité (l'accès à l'eau potable, les problèmes de santé, la faim dans le monde). Les milliards qui ont été débloqués pour sauver le système bancaire montrent bien que c'est un problème de volonté politique plus que de moyens. Et Jean-Pierre Caldier de rappeler que cette somme correspond à six fois le chiffre d'affaires de Leclerc et deux fois celui de Carrefour et à un peu plus que la simple augmentation des dépenses militaires. Et Jean-Pierre Caldier de conclure : « Du rêve à la réalité, nous pensons que l'économie équitable, avec vous, c'est possible ». Compte-rendu des exposés rédigé par Alain Goguey Pour en savoir plusLe guide de l'économie équitable (Fondation Gabriel Péri – 360 pages) ouvrage collectif coordonné par Sylvie Mayer et Jean-Pierre Caldier http://www.gabrielperi.fr/-Guide-de-l-economie-equitable- Le blog : http://guideeconomieequitable.blogspot.com La lettre du guide de l'économie équitable http://lalettreduguideeconomieequitable.blogspot.com/ Jean Pierre Caldier est cadre dirigeant, dirigeant salarié ou propriétaire de sociétés, consultant, dirigeant de mouvement de jeunesse et d'associations et citoyen militant chrétien. Sylvie Mayer est biologiste, maire adjointe à Brest, Députée européenne Bretagne (1979-1994) et Conseillère régionale Ile de France, (1998-2005). Elle fut également responsable environnement du PCF (1980 –2000), et est responsable groupe de travail économie sociale et solidaire du PCF.
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