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Des gélules amincissantes... pour le portefeuille !

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Marianne2 présente les meilleurs articles d'un numéro Ecole de Marianne réalisé par les étudiants de l'Institut pratique du journalisme. Aujourd'hui, une enquête sur le marché des nutricosmétiques, aussi onéreux qu'inefficaces.


En pharmacie, parapharmacie, grandes surfaces, sur Internet. Les compléments alimentaires, disponibles sans ordonnance, envahissent les rayons réels et virtuels pour répondre à des missions aussi diverses qu'ambitieuses : effacer les effets de l'âge, redonner du tonus, lutter contre la chute des cheveux. Les possibilités sont infinies, à chaque problème son complément alimentaire.
La gamme amincissante, sous forme de gélules, comprimés ou ampoules, domine ce marché lucratif. Ces produits promettent de « réduire le tour de taille », de « déstocker les graisses », ou encore de révéler des abdominaux d'athlètes mis en sommeil par la pratique régulière du plateau-télé. Guerre aux bourrelets, sus aux kilos, à bas les grosses cuisses ! La minceur est une préoccupation - une obsession ?- pour de nombreuses femmes et, de plus en plus, d' hommes. Si certains optent pour un régime, la pratique du sport ou une alimentation équilibrée, beaucoup sont tentés d'éviter ces étapes fastidieuses en choisissant une méthode en apparence beaucoup plus simple : les compléments alimentaires spécial minceur.
Cependant, un problème taille XXL accompagne ces amincissants à gober : un coût maximum pour une efficacité minimum. Inexistante même pour la grande majorité de ces produits. L'association Consommation logement et cadre de vie (CLCV) a communiqué début 2007 les résultats d'une étude comparant les compositions de 140 compléments alimentaires commercialisés en France à leurs promesses de résultats. S'appuyant sur les recherches du National institute of health, la principale agence de recherche américaine, et les avis de l'Afssa, le verdict est sans appel : « Les résultats montrent que les vertus des compléments alimentaires relèvent pour l'essentiel de l'affabulation ». Le CLCV dénonce « les preuves d'efficacité inconsistantes » de la caféine, des extraits de thé vert, et autre acide linoléique ou chitosan, les substances les plus utilisées dans la composition des compléments minceur. Le miracle vire à la débâcle.
Les maigres effets des gélules amincissantes, Serge Hercberg les fustige aussi. Ils sont en fait inexistants selon ce professeur de diététique de l'Université Paris XIII et chercheur à l'Institut National de la santé et de la recherche médicale (Inserm). « Tout ce qui est censé purifier, brûler les graisses, est fantaisiste. Aucune démonstration scientifique de l'efficacité de ces produits n'a été réalisée. Les chercheurs qui publient des travaux le font dans des revues sérieuses, ce ne sont pas les travaux mis en avant par les laboratoires qui justifient quoi que ce soit. A ce jour, aucune étude clinique n'atteste d'une quelconque efficacité ».

Un markesting agressif

L'enquête du CLCV n'a été contestée ni par l'Afssa, ni par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Les fabricants de compléments alimentaires ont eux préféré faire profil bas, sans doute pour ne pas donner d'écho à ce coup de canif dans leur juteux business.
Bien que commercialisés dans les pharmacies et parapharmacies, les compléments alimentaires ne sont pas des médicaments. Ils dépendent donc du code de la consommation et non de celui de la santé publique. L'autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée par le ministère de la Santé ne leur est pas nécéssaire. Les contrôles de ces produits ne sont menés qu'après leur commercialisation et portent principalement sur l'étiquetage. Une aubaine pour les groupes qui les fabriquent.
Concrètement, un complément alimentaire n'a pas le droit de s'approprier les vertus d'un médicament. Il ne peut garantir la guérison ou la prévention d'une maladie. Tout est alors question d'une savante sémantique que les services marketings des fabricants manient avec créativité pour rester dans la légalité. Interdit de garantir une perte de poids. Parade : on promet que le complément alimentaire peut favoriser la réduction du tour de taille. Subtile nuance qui permet d'appâter le consommateur en respectant la règlementation. « On vend du rêve à des gens qui sont parfois en situation de détresse », déplore le professeur Hercberg.
La détresse, le secteur des compléments alimentaires ne la connaît pas, merci pour lui. L'effet le plus réel de ces produits reste l'engraissement des profits des fabricants. En 2006, le marché français, dominé par Oenobiol, pesait près de 900 millions d'euros de chiffre d'affaire. Le milliard sera vite dépassé. Un Français sur cinq avoue avoir consommé des compléments alimentaires, soit trois fois moins qu'aux États-Unis. Chaque année, le secteur connaît une croissance comprise entre 10 et 20%. Une étude du cabinet d'expertise Eurostaf identifie deux causes à ce dynamisme. D'un côté, les fabricants développent des produits dont les promesses sont de plus en plus diversifiées et sophistiquées en y ajoutant une dose de marketing agressif. De l'autre, les consommateurs sont de plus en plus nombreux à se laisser tenter par celles-ci.
Effets invérifiés ou inexistants mais profits certifiés. Aucun laboratoire ne communique sur les marges réalisées. De 18 euros la boite de 60 pilules qui promet de « sculpter le corps » au coffret de 6 boîtes de gélules amaigrissantes pour 100 euros, on les imagine confortables. La directrice France du groupe d'Imedeen, une marque danoise de nutricosmétiques, reconnaît que le business se porte bien : « Le marché s'est dynamisé depuis 2003, on est dans une démarche de conquête. Pour nous développer nous avons une équipe de vente qui démarche les points de vente potentiels ». Signe de sa rentabilité, cet eldorado commence à attirer aussi des grands groupes pharmaceutiques, agroalimentaires ou cosmétiques. Novartis, Pierre Fabre, Akropharma, Nestlé et l'Oréal cherchent à se positionner sur ce marché.
Mais l'aubaine profite aussi aux pharmaciens. Le rayon des compléments alimentaires prend de plus en plus de place dans leurs officines. Libre à eux de fixer la marge qu'ils prennent sur ces produits. Martine Chauvé, membre de l'ordre des pharmaciens, se décharge sur le consommateur : « Nous ne faisons que répondre à la forte demande qu'il y a sur ce marché. Comme ce ne sont pas des médicaments, on ne peut pas exiger une obligation de résultat. Si ce n'est pas dangereux et que certains ont les moyens de se l'offrir... »
Inefficaces donc, mais pas dangereux. Alors les ventes continuent et les profits aussi. Comme elles le promettent, ces gélules, pilules et ampoules minceur réussissent des miracles... pour ceux qui les vendent.

       

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