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LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DU CONSEIL DE L'ORDRE DES MEDECINS
18 Décembre 2003 Monsieur le Président et cher confrère, Le Parlement discute actuellement, dans le cadre du projet de loi de finances rectificative pour 2003, d'une loi visant à restreindre de façon drastique l'accès aux soins des bénéficiaires de l'Aide Médicale Etat (AME), qui font partie des personnes les plus démunies résidant sur le territoire national. Pour rappel, l'article 49 portant réforme de l'AME contient trois mesures :
Ces textes, s'ils devaient être adoptés, mettraient les médecins en contradiction avec les articles 2, 7 et 47 du Code de déontologie qui stipulent :
Si cette loi était votée, nous, médecins, nous trouverions confrontés à une population médicalement fragile, trop pauvre pour payer les soins et dans l'impossibilité de pratiquer les examens complémentaires nécessaires et d'acheter les médicaments prescrits. Il n'est pas acceptable pour nous, médecins, de trier nos patients en deux catégories, ceux qu'il serait licite de soigner en employant toutes les possibilités de la médecine actuelle et ceux qui n'auraient pas accès aux soins Nous, médecins, conformément aux engagements que nous avons pris en prêtant le serment d'Hippocrate et conformément au code de déontologie médicale, ne pouvons accepter cette situation. Vous avez été, Monsieur le Président, Rapporteur du dossier Précarité devant le Conseil National de l'Ordre. Vous savez comme nous qu'en termes de santé publique, refuser les soins à des personnes démunies, ou rendre cet accès aux soins plus difficile, c'est courir le risque de laisser se disséminer des maladies, notamment infectieuses. Humainement, c'est une obscénité. Médicalement, c'est une aberration. Dans un récent interview au Quotidien du Médecin ( 17/12/2003), vous faites part de votre volonté de " regarder de près les dispositions qui encadreront la réforme, quand elle sera définitivement adoptée, quitte à réagir si des amendements ne fournissent pas toutes les garanties nécessaires. " Nous ne pouvons nous satisfaire de cet attentisme et vous conjurons, en tant que garant de la déontologie médicale de dénoncer ces mesures à venir et de faire connaître dès maintenant votre opposition à ce texte. Déjà, avec la loi de finances rectificative pour 2002 adoptée l'année dernière, le principe avait été acquis d'introduire un ticket modérateur à la charge des bénéficiaires. Au prétexte de les " responsabiliser ", ces personnes, souvent étrangers en situation irrégulière, se voyaient de fait exclus des soins. Quelle attitude l'Ordre des Médecins a-t-il adopté devant cette situation ? Nous ne comprendrions pas que l'Ordre des Médecins puisse continuer à se taire sur ces graves atteintes à la déontologie qui relèvent totalement de ses attributions. Restant à votre disposition, nous vous prions d'accepter, Monsieur le Président et cher confrère, l'assurance de notre respect confraternel. Le CoMeGAS Le Collectif des Médecins Généralistes pour l'Accès aux Soins, à l'initiative de cette lettre, appelle l'ensemble des professionnels de santé à s'y associer, individuellement ou collectivement. Les signatures peuvent être recueillies par mail ( nom, prénom, profession, adresse). Contacts et signatures :
Docteur Jean Pierre GEERAERT
Docteur Christian LEHMANN
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