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CAF Paris 18ème : nos complicités solidaires contre leurs complexités mortifères
Hormis une permanence d'une heure et demi une fois par semaine, notre collectif a peu d'occasions de se réunir et de discuter des problèmes que nous rencontrons en tant qu'allocataires, au fil des demandes que nous recevons et des interventions que nous effectuons. Actuellement, la situation exige du temps.Du temps pour tenter de comprendre les complexités juridiques et pratiques engendrées par la mise en place du RSA, et la destruction accélérée des droits des précaires. Du temps également face à l'afflux d'allocataires prenant contact avec notre collectif, et ne comprenant plus leur situation : les raisons d'une suspension d'allocation, la baisse de leur allocation, les retards de versements etc. Peu de temps pour construire les stratégies en temps réel, allier le rapport de forces collectif, les occupations et le blocage concret et temporaire de la machine à précariser, avec la nécessaire compréhension des mécanismes complexes et multiples du contrôle et des privations de ressources, la recherche perpétuelle de ripostes sur le moyen terme, car, en face on ne cède plus rien dans l'instant, la stratégie de l'épuisement de la force collective est parfaitement intégrée. Les salariés de Pôle emploi, de la CAF ou des autres organismes gestionnaires de notre précarité sont tout aussi perdus que nous autres, et le temps qui leur est imparti pour traiter un dossier au guichet ou en rendez vous (respectivement 10mn pour la CAF et 20 pour pôle emploi) ne leur permet qu'une chose : faire de l'abattage, renvoyer les allocataires avec de vagues explications sorties du chapeau afin de remplir leurs obligations. L'allocataire repart sans avoir réglé son problème, ni même avoir compris sa situation.Nous organisons donc des diffusions de tracts d'informations durant lesquels nous effectuons des discussions d'échanges et d'informations. Ce lundi du 12 avril 2010, nous nous réunissons donc devant la CAF La Chapelle. Trop perçu, suspension, retrait d'allocation et pressions dérivant du RSA font partie des sujets abordés. Mais rapidement, notre diffusion ne laisse pas les gens indifférents. Plusieurs d'entre eux se plaignent notamment de l'accueil, et de la façon dont la CAF les traite. Pourtant aujourd'hui, il y a moins de deux heures d'attente, il n'y a qu'une vingtaine de personnes contraintes de rester debout, faute de places assises. Un petit miracle, par rapport au quotidien des visites à la CAF, en région parisienne. Un monsieur retraité, allocataire de l'AAH (Allocation Adulte Handicapé) vient nous voir. Il exprime son incompréhension et sa colère : il touche une petite retraite mensuelle et une pension trimestrielle due à l'accident qui a causé son handicap Brusquement, son AAH se voit réduite de 666 euros à 197 euros. Au guichet, on lui a répondu que sa pension et sa retraite n'étaient pas cumulables avec l'AAH, malgré un document qu'il a fourni à plusieurs reprises et qui prouve le contraire. En gros, il a été expédié avec une explication bidon. Nous décidons avec lui et son épouse de rentrer collectivement dans la CAF afin de demander à ce qu'il soit reçu et obtenir une véritable écoute et de vraies réponses. Que la CAF soit légalement dans son tort ou non, l'organisme, malgré les demandes de l'allocataire ne l'a informé ni du texte légal qui aurait brusquement changé, ni des aides dont il pourrait bénéficier au cas où. Nous demandons poliment à être reçus par la direction, parce que la politesse malgré la colère est une invitation à la solidarité récoproque avec les salariés de la CAF. Mais on nous oppose que ce monsieur a déjà été reçu au guichet. Nous haussons le ton : ce monsieur n'a plus de quoi payer son loyer, il est endetté, mais il est censé se retaper 1 heure d'attente pour de nouveau être reçu ? La tension monte immédiatement.Avec une salariée du pré-accueil, qui, pour d'obscures raisons contraires à son intérêt direct, fait le bouclier humain pour sa direction, que nous ne pourrions pas voir parce qu'elle ne serait pas présente. Elle tente en hurlant de mobiliser les autres allocataires contre nous, prétextant que nous empêcherions leur bonne réception. Mais « bonne réception » est un terme qui ferait hurler de rire n'importe quel allocataire de n'importe quel accueil CAF de région parisienne.En réalité nombre de précaires commencent à perturber eux-même « leur bonne réception » : la queue s'est transformée en front devant les agents de sécurité, mis là comme de dérisoires et fragiles tampons. Tension physique qui pousse l'un deux à bousculer physiquement une femme. Il ne le fera pas mais devrait nous remercier, non pas de calmer le jeu, mais de désigner les responsabilités véritables dans ce chaos humiliant, à savoir cette fameuse direction qui ne serait pas là, parce qu'il a bien failli en sortir au moins avec quelques bleus, risque quotidien pour ces travailleurs dont le boulot est aussi, implicitement, d'être un défouloir à allocataires, un piège à violence inutile : combien d'entre nous finissent au poste pour avoir craqué sur ces précaires de la sécurité, mais combien d'entre eux subissent les conséquences d'une colère qui ne peut s'exprimer ailleurs ? D'ailleurs comme toujours quand la menace de la répression et la tentative de division entre notre collectif d'allocataires et les allocataires présents ne fonctionne pas, la direction se voit contrainte d'être là, dans ce hall ou elle ne se montre jamais. Et de prendre quelques temps, la place de ses salariés, dans un guichet, en face de nous, et de faire un peu de ce boulot impossible qu'elle impose aux autres.Après étude du dossier, il ne s'agit absolument pas d'un problème de cumul. La CAF manque juste de trois documents pour la poursuite des droits de l'allocataire. Deux documents concernant la retraite et un concernant sa pension d'invalidité. Après remise de ces documents, la situation de ce monsieur sera rétablie au plus vite avec rétroactivité des sommes non perçues. L'histoire dure depuis Janvier 2010. Il aura donc fallu trois mois à ce monsieur pour comprendre réellement les raisons de sa baisse de revenu ! Trois mois pour qu'on lui dise de ramener trois papiers qu'il peut se procurer en une matinée. En quelques minutes, l'action collective a permis de comprendre et de débloquer une situation.A Paris : tous les mardis de 18H 19H30, merci de venir dès 18h si possible. à la Maison des Associations du 18ème arrondissement, 15, passage Ramey, métro Marcadet- Poissonniers Contact Tel : 09 54 70 66 22 Mail : ctc.rsa@gmail.com Site : http://www.collectif-rto.org Chaque semaine, nous sommes présents devant des agences Pôle Emploi et des CAF d'Ile de France. Contactez nous par mail pour les dates et lieux exacts. Si vous nous écrivez pour un problème précis, n'oubliez pas d'indiquer votre département d'origine !
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