| | Accueil | MUTUELLE SANTE | MUTUELLE | Le Monde sans gouvernement, jusqu'à quand ?



Le Monde sans gouvernement, jusqu'à quand ?

Taille de la police: Decrease font Enlarge font

L'affrontement entre la Société des rédacteurs et les actionnaires extérieurs, via Jean-Michel Dumay et Alain Minc, prend un tour aigü. Un conflit significatif de la gouvernance à la française, que l'establishment prétend avoir réformé depuis des années.

Cette fois-ci ça y est : le groupe Le Monde est une entreprise sans gouvernement, et la situation risque de s'enliser. La tentative d'Alain Minc de provoquer le rachat du groupe par les groupes Lagardère et Prisa, annoncée par Marianne2 et largement confirmée depuis, a rendu impossible, en l'état, toute solution de gouvernance.

Du goudron et des plumes pour Minc ?

Lundi, comme la presse s'en est fait l'écho, la candidature d'Eric Fottorino n'a pas été approuvée par les « actionnaires extérieurs » du Conseil de surveillance qui, tout en lui reconnaissant, Etienne Pfimlin dixit, « des qualités professionnelles », ont argué de l'incompétence du journaliste en matière de gestion. Pour la forme ou bien parce qu'ils craignent que le scandale ne leur éclabousse à la figure, « les actionnaires extérieurs » n'ont pas voulu se prononcer en faveur de l'option Minc, à savoir la nomination d'un administrateur judiciaire alors que la situation économique du groupe ne le justifie pas.
La réunion, tendue, du Conseil de surveillance a débouché sur la création d'une « commission » composée autour de Jean-Michel Dumay et d'Etienne Pfimlin, chargés d'étudier, en principe d'ici au 25 janvier, date de la démission effective de deux membres du directoire Pierre Jeantet et Bruno Patino. Dumay et Pfimlin sont censés trouver un gestionnaire qui ferait consensus dans les deux parties et pourrait diriger le groupe aux côtés d'Eric Fottorino.
Des noms commencent à circuler, mais les protagonistes du dossier n'y croient guère. Pourquoi ? Parce que les uns et les autres ne voient plus comment les deux blocs d'actionnaires - les sociétés de personnel et les actionnaires extérieurs recrutés par Alain Minc - peuvent continuer à gouverner ensemble.
Cette situation « révolutionnaire » au sens léniniste du terme -, - ceux d'en haut ne peuvent plus gouverner comme avant et ceux d'en bas ne veulent plus êtres gouvernés comme avant - s'est largement reflétée au cours du Conseil de surveillance de lundi 14 janvier. Le clou de la séance a cependant été un lapsus d'Alain Minc qui, placé à côté de Jean-Michel Dumay, a déclaré : « Il faut maintenant que Jean Miche parte » au lieu de « Il faut que Jean-Michel parle ». Le rire des membres du Conseil était quelque peu jauni : car Alain Minc, qui a une nouvelle fois refusé de répondre aux questions de Marianne2, ne semble plus cacher sa volonté d'en finir avec la gestion de la SRM ou, à tout le moins, d'une SRM dirigée par Dumay. Du coup, ce dernier menace également le Président du Conseil de Surveillance d'un départ anticipé avant le 31 mars, date prévue de la fin de son mandat. Un départ à la Lucke Luke, goudron et plumes à l'appui.

Un conflit de légitimité

Le limogeage de Minc a cependant peu de chance de survenir : il nécessite un recours juridique pour obtenir sa « révocation » ce qui est aussi rare que grave. La SRM a cependant constitué un « dossier » tendant à démontrer ce que personne n'ignore plus : Alain Minc a tenté de remettre les clefs de la maison Le Monde à Lagardère et de dépouiller ainsi la SRM qui reste l'actionnaire de référence du groupe.
Mais aujourd'hui, ce conflit en légitimité est partagé : si Alain Minc et plusieurs actionnaires externes proclament que la SRM bloque le fonctionnement du groupe, la légitimité des actionnaires extérieurs est elle, sérieusement entamée. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, ils n'ont jamais joué leur rôle de contrôle de Conseil de surveillance, se contentant d'approuver celui qui les a choisis : Alain Minc. Le Conseil de surveillance du Monde ressemble à ce titre, à tous les Conseils d'administration classiques de grandes entreprises françaises tels qu'ils sont critiqués par les apôtres de la bonne gouvernance : les membres s'y cooptent entre eux, ce qui élimine toute fonction de contrôle réel. En quatorze ans de gouvernance du Monde sous le régime Minc-Colombani, on ne trouve guère dans les compte-rendu de réunions la moindre trace des turbulences connues par le groupe. Or, aujourd'hui, la question qui se pose est plus simple qu'il n'y paraît : Le Monde est devenu ingouvernable parce que le système de gouvernance Minc-Colombani ne peut pas fonctionner sans eux.
Là encore, le Conseil de surveillance de lundi 14 janvier en a fourni plusieurs illustrations. Au moment où Etienne Pfimlin a exprimé le refus des actionnaires externes de soutenir l'élection de Fottorino à la Présidence du groupe, Jean-Michel Dumay a provoqué une énorme pagaille en demandant si le représentant de la mutuelle Médéric, Régis de Larouillère, s'était bien prononcé contre Eric Fottorino. La question, qui a provoqué une suspension de séance, n'était pas innocente : le 13 décembre dernier, Guillaume Sarkozy, frère du Président ( mais très peu sarkozyste lui-même) avait adressé une lettre recommandée à Alain Minc lui indiquant que Régis de Larouillère ne dirigeant plus Médéric, il n'avait plus vocation à la représenter au sein du Conseil de surveillance du Monde. Guillaume Sarkozy a réitéré sa démarche peu avant le Conseil et enjoint Régis de Latouillère à ne pas se prononcer sur l'élection de Fottorino. Or, Minc n'a pas répondu à Guillaume Sarkozy et de Larouillère a ignoré la consigne du nouveau patron de Médéric.

Le vrai dilemne : l'emploi ou l'indépendance

La situation des autres représentants des entreprises partenaires du Monde, regroupées dans plusieurs sociétés de participation (Le Monde entreprise, Le Monde assurances, etc) n'est pas forcément beaucoup plus légitime. Claude Perdriel, proche de Colombani, a déjà annoncé son départ. Etienne Pfimlin et Jean-Louis Beffa, âgés de 67 ans, auraient du êtres frappés par la limite d'âge si une modification bien opportune des statuts n'avait pas, à la demande de Minc, reculé la limite d'âge de ses représentants. Pierre Lescure ne représente plus Canal +, société dont il est parti voici plusieurs années, ni aucune entreprise même s'il a des liens, justement, avec le groupe Lagardère.
Bref, aveugles des années durant sur la gestion du Monde, dociles à l'endroit de ses dirigeants, incapables de discuter de sa stratégie, les représentants des actionnaires externes du Monde sont censés aujourd'hui trouver un nouveau patron au groupe selon des critères qui n'ont rien à voir avec le seul qui compte pour l'actionnaire de référence, la SRM : l'indépendance du quotidien. Et lorsque les honorables membres du Conseil représentants des actionnaires extérieurs ont affirmé vouloir « tendre la main » aux membres de la SRM, Béatrice Gurey, vice-présidente, leur a répliqué à bon droit qu'ils avaient tous annulé, sans doute à la demande d'Alain Minc, les demandes de rendez vous de la SRM pour sortir de la crise.
Dès lors, que va-t-il se passer ? Il est peu probable que la SRM obtienne la révocation d'Alain Minc la menace d'une judiciarisation du conflit visant surtout à tenter une nouvelle fois de le détacher des actionnaires extérieurs. En l'état, la solution de Minc, la prise de contrôle de Lagardère et Prisa, ne pourrait s'effectuer qu'au terme d'un pourrissement de la situation dont on sent les prémices. La commission de conciliation créée par le Conseil de surveillance autour de Dumay et Pfimlin a-t-elle une chance de se mettre d'accord sur le nom d'un gestionnaire qui dirigerait le groupe aux côtés de Fottorino ? Ce sera difficile car quel manager accepterait de diriger un groupe en crise auquel il faut imposer un plan de restructuration dans une situation où deux blocs d'actionnaires, l'un de 51% (la SRM, les sociétés de personnel et la société des lecteurs) et l'autre (les actionnaires extérieurs) de 37%, passent leur temps à s'affronter ?
L'impasse est donc totale : le Conseil de surveillance du 25 janvier a peu de chances de déboucher sur la nomination d'un Patron et la formalisation d'un nouveau consensus entre les deux blocs indispensable pour diriger l'entreprise. Fottorino pourrait obtenir treize ou quatorze voix, ce qui est insuffisant pour assurer sa réélection. Un administrateur provisoire sera-t-il donc nommé ?Chacun s'y attend, mais ce n'est pas sûr, tant sa nomination n'est pas adaptée juridiquement à la situation du groupe Le Monde : il s'agit plus, en réalité d'un conflit d'actionnaires que d'une situation proche de la faillite. Alain Minc, sans doute narcissiquement blessé par son limogeage, ainsi que certains actionnaires externes pensent que le groupe ne peut plus être dirigé par la SRM, et misent sans doute sur un pourrissement de la situation qui pourrait finir par briser l'unité des sociétés de personnels. Des tensions se font jour dès à présent parmi les actionnaires internes. Les salariés du pôle magazine (Courrier international, Télérama) s'inquiètent de ne plus être représentés au sein du Directoire depuis la démission de Bruno Patino. Des syndicalistes commencent à se dire qu'un salarié ne saurait accepter son licenciement au nom de l'indépendance du Monde. Plus globalement, les salariés sont fondés à s'inquiéter de ce qu'en attendant la résolution de la crise, aucun des dossiers cruciaux pour l'avenir du Monde ne sont abordés : le plan de restructuration, l'accord avec le Figaro pour l'achat commun de rotatives, la transformation du système éditorial, le statut du monde.fr. Des failles pourraient alors apparaître au sein de la SRM. Minc et les autres le savent bien : lorsqu'il faudra choisir entre l'indépendance du Monde et une centaine d'emplois, il y a des chances pour que le personnel choisisse l'emploi et accepte la prise de contrôle par Lagardère. Tout le problème de la SRM est d'éviter, par tous la moyenne, y compris juridique, une telle issue.

Ajouter à: Add to your del.icio.us del.icio.us | Digg this story Digg

Commentaires (0 posté):

Postez votre commentaire


Notes
Pas de note pour cet article
Estimez cet article
0
Assurance